Quelles pièces demander — et lesquelles la loi interdit-elle ?
Ici, on ne fait pas ce qu'on veut. La liste des documents exigibles d'un candidat locataire est fixée par décret (le décret « pièces justificatives ») : tout ce qui n'y figure pas est tout simplement interdit de demande. C'est un cadre, pas une suggestion — et le franchir expose à des amendes bien réelles.

Les pièces que vous pouvez exiger
- Identité : pièce d'identité en cours de validité.
- Domicile : les 3 dernières quittances de loyer (ou attestation d'hébergement, ou taxe foncière pour un ex-propriétaire).
- Activité : contrat de travail ou attestation employeur (ou carte étudiant, extrait Kbis pour un indépendant).
- Ressources : 3 derniers bulletins de salaire, dernier(s) avis d'imposition, justificatifs d'autres revenus (pension, bourses…).
Les pièces interdites par la loi
Interdit de demander
Relevés de compte bancaire, attestation d'absence de crédit, dossier médical, extrait de casier, photo, RIB avant signature, carte de sécurité sociale… La liste noire est explicite. Si un candidat fournit spontanément ses relevés parce qu'il y tient, vous pouvez les lire — mais jamais les exiger. La nuance a l'air subtile ; elle est en réalité toute la différence entre légal et illégal.
Quels justificatifs selon le profil du candidat ?
Le dossier standard suppose un salarié en CDI, mais la vraie vie propose des profils plus variés — surtout en colocation, où étudiants et jeunes actifs dominent. Adaptez les pièces de ressources au statut, sans jamais en demander en dehors de la liste réglementaire :
- Salarié (CDI/CDD) : 3 derniers bulletins de salaire, contrat de travail ou attestation employeur, dernier avis d'imposition. Le socle classique.
- Indépendant, freelance, gérant : deux derniers bilans ou avis d'imposition, extrait Kbis ou avis de situation SIRENE. Pas de fiche de paie, donc on juge sur les revenus déclarés.
- Étudiant : carte d'étudiant ou certificat de scolarité, et surtout un garant solide (parents le plus souvent) ou la garantie Visale. On ne juge pas l'étudiant sur ses revenus, mais sur la solidité de sa garantie.
- Retraité : derniers bulletins de pension et avis d'imposition. Profil souvent très stable.
- Sans emploi ou en transition : justificatifs des ressources réelles (allocations, aides, épargne mobilisable) et, la plupart du temps, un garant ou Visale pour compléter.
Comment vérifier un dossier face à la fraude documentaire ?
Les faux documents — bulletins de salaire retouchés, avis d'imposition inventés — sont devenus une petite industrie sur les marchés tendus. La bonne nouvelle : les fraudeurs sont rarement méticuleux, et trois vérifications couvrent l'essentiel.
- L'avis d'imposition se vérifie officiellement en ligne : le service de vérification des avis (impots.gouv.fr, « SVAIR ») confirme en 30 secondes, avec le numéro fiscal et la référence de l'avis, que le document et ses montants sont authentiques. C'est LA vérification à ne jamais sauter — l'avis récapitule tous les revenus déclarés.
- La cohérence croisée : salaire net des bulletins × 12 ≈ revenu de l'avis d'imposition ; employeur du contrat = employeur des bulletins ; adresses cohérentes avec les quittances. Les fraudes tombent presque toujours sur une incohérence de recoupement — un chiffre qui ne colle pas avec un autre.
- L'employeur : pour un dossier limite, un appel de confirmation à l'employeur (avec l'accord du candidat) lève le doute en deux minutes.
DossierFacile, le dossier certifié par l'État
Service public et gratuit, DossierFacile vérifie et labellise les pièces du candidat, puis génère un dossier numérique certifié avec un filigrane. Un candidat qui vous transmet un dossier DossierFacile vous fait gagner l'essentiel du travail de contrôle : les documents ont déjà été passés au crible par l'administration. Je le recommande systématiquement aux candidats — c'est plus rapide pour eux comme pour moi.
Garant, Visale ou GLI : comment sécuriser un dossier fragile ?
Un candidat sympathique dont les revenus ne suffisent pas n'est pas un refus automatique : c'est un dossier à consolider. Trois filets de sécurité, qui ne se cumulent pas n'importe comment :
- La caution (garant) : un tiers s'engage à payer si le locataire fait défaut. Vérifiez le dossier du garant comme celui du locataire (revenus, avis d'imposition). Préférez la caution solidaire, qui permet de réclamer directement au garant dès le premier impayé.
- La garantie Visale : caution gratuite d'Action Logement, jusqu'à 36 mois d'impayés couverts, ouverte aux moins de 31 ans et aux salariés en mobilité. Taillée pour le public de la colocation — et elle vaut n'importe quel garant parental.
- L'assurance loyers impayés (GLI) : souscrite et payée par vous (~2,5 à 3,5 % des loyers, déductible au réel). Elle impose ses propres critères de solvabilité, ce qui discipline la sélection. Elle ne se cumule pas avec une caution physique, sauf pour les étudiants et apprentis.
Quels sont les critères de décision : solvabilité, stabilité, comportement ?
La solvabilité d'abord : la norme est un revenu net ≈ 3× le loyer charges comprises. En dessous, on complète par une garantie (voir plus haut). C'est le critère chiffré, celui qui ne ment pas.
Le comportement ensuite — le signal le plus sous-coté : un candidat qui envoie un dossier complet, lisible et ordonné en 24 h se comportera très probablement en locataire organisé et fiable. À l'inverse, les dossiers incomplets « je vous envoie le reste plus tard », les justifications excessives non sollicitées et les pressions pour signer vite méritent qu'on ralentisse. Vous n'êtes jamais obligé d'accepter le premier dossier venu : mieux vaut une semaine de vacance de plus qu'un mauvais locataire pendant deux ans.
La ligne rouge : la non-discrimination
La sélection se fonde exclusivement sur la solvabilité et la qualité du dossier — jamais sur l'origine, le nom, l'âge, la situation familiale, l'état de santé (critères discriminatoires punis pénalement). Une grille de critères objectifs, appliquée identiquement à tous les dossiers, protège le bailleur juridiquement ET améliore ses décisions. La rigueur n'est pas seulement morale ici, elle est rentable.
Dépôt de garantie et signature
Une fois le locataire choisi, on finalise proprement : contrat-type réglementaire, dépôt de garantie encaissé à la signature (1 mois de loyer hors charges en nu, 2 mois en meublé), état des lieux d'entrée minutieux avec photos datées, et virement automatique mis en place le jour même. En colocation, s'ajoute l'équilibre du groupe (rythmes de vie, compatibilité) — que je détaille dans le guide pour trouver des colocataires. Un dossier bien choisi et bien contractualisé, c'est 90 % de la tranquillité des deux années qui suivent.

